La prescription d'une PPC (pression positive continue) pour le traitement du syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) ne s'arrête pas à l'ordonnance initiale. Elle s'inscrit dans un suivi structuré, encadré par l'arrêté du 13 décembre 2017 (JO du 16 décembre 2017) relatif à la prise en charge du dispositif médical à pression positive continue pour traitement de l'apnée du sommeil et des prestations associées, qui définit précisément les étapes du renouvellement PPC, les conditions d'observance à atteindre et les acteurs habilités à prescrire. Cet article vous propose une synthèse pratique, à destination des médecins qui suivent des patients sous PPC et reçoivent des demandes de renouvellement en consultation.
Le calendrier de la prescription PPC
La prescription initiale : 4 mois, sous accord préalable
La première prescription PPC est valable pour une durée maximale de 4 mois. Elle est soumise à accord préalable et doit être accompagnée du compte rendu de la polygraphie ventilatoire ou de la polysomnographie ayant conduit au diagnostic (arrêté du 13 décembre 2017).
Le premier renouvellement : à 4 mois, pour un an
À l'issue de ces 4 premiers mois, un premier renouvellement est réalisé pour une durée d'un an. Ce renouvellement est lui aussi soumis à accord préalable. Il permet d'évaluer la tolérance au traitement et d'apprécier l'observance sur la dernière période de 28 jours.
Les renouvellements suivants : annuels
Au-delà du premier renouvellement à 4 mois, la prescription est renouvelée chaque année. Les conditions d'obtention de l'accord préalable varient selon le niveau d'observance constaté (voir section dédiée ci-dessous).
Tableau récapitulatif du calendrier
| Étape | Délai | Durée | Accord préalable |
|---|---|---|---|
| Prescription initiale | Début du traitement | 4 mois maximum | Oui, avec compte rendu de polygraphie ou polysomnographie |
| 1er renouvellement | À 4 mois | 1 an | Oui, avec évaluation de la tolérance et relevé d'observance sur 28 jours |
| Renouvellements annuels | Chaque année | 1 an | Selon observance (voir conditions ci-dessous) |
Qui peut prescrire et renouveler la PPC ?
Les prescripteurs habilités pour les trois premières prescriptions
Conformément à l'arrêté du 13 décembre 2017, la prescription initiale, la 2e prescription (à 4 mois) et la 3e prescription (premier renouvellement annuel) sont réservées aux médecins suivants :
- Un médecin titulaire d'un DES dont la maquette intègre une formation spécifique aux troubles respiratoires du sommeil ou mentionne la FST « sommeil »
- Un pneumologue
- Un médecin dont le parcours de DPC « sommeil » est attesté par le CNP de sa spécialité ou par le Collège de la Médecine Générale, et validé par le Conseil national de l'Ordre des médecins
- Un médecin titulaire d'un diplôme reconnu en pathologie du sommeil (art. R. 4127-79 du code de la santé publique)
À partir de la 4e prescription : le médecin traitant peut renouveler
Par dérogation, à partir de la 4e prescription, le médecin traitant est habilité à renouveler la prescription du dispositif PPC, à deux conditions cumulatives :
- L'observance est constatée (voir critères ci-dessous)
- Il n'existe pas d'effets indésirables
Cette disposition, prévue par l'arrêté du 13 décembre 2017, permet d'alléger le parcours du patient et de fluidifier le suivi en médecine de ville, sans nécessiter de recours systématique au prescripteur spécialisé pour chaque renouvellement annuel.
L'observance PPC : ce que dit la règle des 112 heures sur 28 jours
Le seuil d'observance attendu
L'observance s'apprécie par périodes de 28 jours consécutifs. Le seuil attendu est d'au moins 112 heures d'utilisation effective de l'appareil par période de 28 jours. En pratique, cela correspond en moyenne à au moins 4 heures d'utilisation par nuit.
La zone de tolérance
Une observance comprise entre 56 et 112 heures par période de 28 jours est tolérée. Cela correspond, en moyenne, à une utilisation de 2 à 4 heures par nuit.
Comment l'observance est-elle relevée ?
L'observance est mesurée par télésuivi ou par relevé des données de l'appareil. Le prestataire de santé à domicile recueille le consentement de l'utilisateur, relève l'observance et assure le suivi technique. L'utilisateur doit donner son accord à la communication de ses informations et conserve la possibilité de refuser ce relevé ; cette situation est à signaler sur le formulaire de renouvellement.
Le prestataire de santé à domicile met le matériel de PPC à disposition du patient. Le forfait du prestataire varie selon le niveau d'observance constaté et le mode de suivi choisi. Le prestataire joue un rôle clé dans cette gestion en assurant un suivi régulier et en facilitant l'accès aux données nécessaires à chaque renouvellement.
L'accord préalable : quand est-il nécessaire ?
Les cas où l'accord préalable est obligatoire
L'accord préalable est requis dans les situations suivantes (arrêté du 13 décembre 2017 ; notice CNAM réf. 634, juin 2018 ; fiche de l'Assurance maladie sur ameli.fr) :
- Pour la prescription initiale (4 mois)
- Pour le 1er renouvellement à 4 mois (1 an)
- Pour les renouvellements annuels suivants, si les critères d'observance ne sont pas remplis
Le cas où le renouvellement annuel se fait sans accord préalable
Le renouvellement annuel ne nécessite pas d'accord préalable si, sur les 12 dernières périodes de 28 jours, les deux conditions suivantes sont simultanément réunies :
- L'observance a atteint au moins 112 heures pendant au moins 10 périodes sur 12
- L'observance a atteint au moins 56 heures pendant les 2 autres périodes
Si l'une de ces conditions n'est pas remplie, une demande d'accord préalable est nécessaire.
Délai de réponse de l'Assurance maladie
L'absence de réponse de l'Assurance maladie dans les 15 jours suivant la réception de la demande d'accord préalable vaut accord (notice CNAM réf. 634, juin 2018).
Point de vigilance : interaction avec l'OAM
La PPC ne peut pas être prise en charge si le patient a bénéficié d'une orthèse d'avancée mandibulaire (OAM) prise en charge dans les 12 mois précédents, sauf demande explicite auprès de l'Assurance maladie.
Ce que le médecin vérifie avant de renouveler
Le formulaire CNAM (« Prescription médicale valant demande d'accord préalable pour un traitement par pression positive continue ou par orthèse d'avancée mandibulaire », réf. 634, juin 2018) structure les éléments à renseigner pour le renouvellement à 4 mois et le renouvellement annuel. Voici les points à évaluer en consultation :
Les données issues du relevé d'observance et du rapport de l'appareil
- L'indice d'apnées-hypopnées sous traitement : l'indice résiduel, relevé par les données techniques de l'appareil, permet de vérifier l'efficacité du traitement. Un indice résiduel élevé doit conduire à une réévaluation.
- Le relevé d'observance : nombre d'heures d'utilisation effective par période de 28 jours, selon les critères définis ci-dessus. En cas de refus du patient de transmettre ses données, la case prévue à cet effet doit être cochée sur le formulaire.
- Les fuites et la qualité de l'interface : des fuites excessives peuvent réduire l'efficacité et indiquer un problème d'ajustement du masque.
L'évaluation clinique
- L'amélioration de la symptomatologie : le formulaire CNAM demande explicitement si la symptomatologie s'est améliorée (oui/non). En pratique, il s'agit d'évaluer la somnolence résiduelle (score d'Epworth si utile), la qualité du sommeil perçue et la fatigue diurne.
- La tolérance et les effets indésirables : sécheresse buccale, rhinite, inconfort lié au masque, claustrophobie, intolérance au flux d'air. Ces éléments conditionnent la poursuite du traitement. Le prestataire aide à gérer les effets indésirables par des ajustements techniques ; le choix d'une éventuelle alternative thérapeutique revient au médecin.
Que faire quand l'observance est insuffisante ?
Une observance insuffisante, c'est-à-dire inférieure aux seuils définis par l'arrêté du 13 décembre 2017, ne conduit pas automatiquement à l'arrêt de la prise en charge. Elle appelle avant tout une démarche d'analyse et d'accompagnement.
Déposer une demande d'accord préalable
Si l'observance ne permet pas un renouvellement sans accord préalable, il convient de formuler la demande selon la procédure habituelle (formulaire CNAM réf. 634). L'absence de réponse sous 15 jours vaut accord.
Rechercher la cause de l'observance insuffisante
Plusieurs facteurs peuvent expliquer une utilisation insuffisante :
- L'interface : un masque mal adapté, une fuite importante, un inconfort lié au type de masque (nasal, facial, narinaire) peuvent décourager l'utilisation nocturne.
- Les effets indésirables : sécheresse buccale ou nasale, rhinite, sensation de pression excessive, aérophagie. Ces symptômes sont fréquents et souvent accessibles à des ajustements simples.
- L'inconfort général : bruit de l'appareil, encombrement, difficultés d'endormissement avec le masque.
- Des facteurs psychologiques ou motivationnels : représentations du traitement, impact sur la vie de couple, sentiment d'inefficacité perçue.
Accompagner et éduquer
L'éducation thérapeutique joue un rôle central dans l'amélioration de l'observance. Expliquer à l'utilisateur les bénéfices attendus, l'aider à identifier et verbaliser ses freins, et le mettre en lien avec le prestataire pour des ajustements techniques sont des leviers accessibles en médecine de ville.
Envisager une alternative ou solliciter un avis spécialisé
Si l'observance reste insuffisante malgré les ajustements, deux pistes peuvent être envisagées :
- La discussion d'une alternative thérapeutique, notamment l'OAM, sous réserve que le patient n'ait pas bénéficié d'une OAM prise en charge dans les 12 mois précédents.
- Le recours à un avis spécialisé (pneumologue, médecin du sommeil), en particulier si l'indice résiduel reste élevé ou si la situation clinique est complexe.
Pour aller plus loin
Devenir prescripteur de PPC en médecine générale
La possibilité offerte au médecin traitant de renouveler la PPC à partir de la 4e prescription est une opportunité concrète de renforcer le suivi de vos patients présentant une apnée obstructive du sommeil, sans dépendre systématiquement du spécialiste. Encore faut-il disposer des repères cliniques, du cadre réglementaire et des outils d'interprétation nécessaires pour assumer ce rôle en toute sécurité.
Si vous souhaitez aller plus loin et acquérir les compétences pour prescrire et suivre vous-même un traitement par PPC ou par OAM, plusieurs voies de formation existent : DU sommeil, DIU, FST ou formation en ligne. Un article dédié compare ces options en détail : DU sommeil, DIU, FST ou formation en ligne : quelle voie choisir ?
Le parcours de formation « Sommeil » ouvrant droit à la prescription a été redéfini au 1er septembre 2026. La formation sahos.fr propose un parcours de 44 heures, 100 % en ligne, reconnu par le CMG et les CNP, pour 2 500 €. Elle s'adresse aux médecins souhaitant intégrer la prise en charge du SAHOS dans leur pratique quotidienne, à leur rythme.
FAQ
Question : À partir de quelle prescription le médecin traitant peut-il renouveler la PPC ?
Réponse : Par dérogation prévue par l'arrêté du 13 décembre 2017, le médecin traitant peut renouveler la PPC à partir de la 4e prescription, sous deux conditions cumulatives : l'observance est constatée et il n'existe pas d'effets indésirables.
Question : Que signifie concrètement la règle des 112 heures sur 28 jours ?
Réponse : Elle correspond au seuil d'observance minimal attendu : au moins 112 heures d'utilisation effective de la PPC par période de 28 jours, soit en moyenne au moins 4 heures par nuit. Une observance entre 56 et 112 heures (soit 2 à 4 heures par nuit en moyenne) est tolérée.
Question : Quand peut-on renouveler la PPC sans accord préalable ?
Réponse : Le renouvellement annuel peut se faire sans accord préalable si, sur les 12 dernières périodes de 28 jours, l'observance a atteint au moins 112 heures pendant au moins 10 périodes et au moins 56 heures pendant les 2 autres (notice CNAM réf. 634, juin 2018). Vous trouverez plus d'informations détaillées sur ameli.fr.
Question : Que faire si le patient refuse de transmettre ses données d'observance ?
Réponse : L'utilisateur conserve le droit de refuser la communication de ses données. Cette situation doit être signalée sur le formulaire de demande d'accord préalable (case prévue à cet effet, formulaire CNAM réf. 634). Le renouvellement reste possible, mais la décision revient à l'Assurance maladie.
Question : Où trouver les règles officielles du renouvellement PPC ?
Réponse : Dans l'arrêté du 13 décembre 2017, dans la notice CNAM réf. 634 (juin 2018) et sur la fiche de l'Assurance maladie publiée sur ameli.fr.
Prescrire la PPC et l'OAM, sans fermer le cabinet.
44 heures en ligne, accès à vie, 2 500 €.