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Prescription de la PPC : les critères de prise en charge (IAH, symptômes, comorbidités)

Par le Dr Gilles Besnainou, médecin expert du sommeil, responsable de la pathologie Apnée du sommeil et Ronflement à l'hôpital Lariboisière (Paris) depuis 2009.

Votre patient ronfle, se plaint d'une fatigue persistante, et la polygraphie revient avec un index d'apnées-hypopnées (IAH) élevé. La question se pose alors : la prescription PPC est-elle justifiée, et surtout, sera-t-elle prise en charge par l'Assurance maladie ?

Les conditions sont précisément définies. En France, le texte de référence est l'arrêté du 13 décembre 2017, publié au Journal officiel du 16 décembre 2017, qui fixe les critères d'indication, les seuils d'IAH, les comorbidités retenues et les modalités de suivi. Voici ce qu'il faut vérifier avant de rédiger la prescription médicale.

Bien comprendre ces indications permet au médecin ayant posé le diagnostic de syndrome d'apnées obstructives du sommeil de rédiger une ordonnance conforme.

1. Le cadre : l'arrêté du 13 décembre 2017

L'arrêté du 13 décembre 2017 définit les conditions dans lesquelles la pression positive continue est prise en charge par l'Assurance maladie chez l'adulte de plus de 16 ans. Il pose trois exigences cumulatives :

  • la présence d'un tableau clinique suffisant (au moins trois symptômes caractéristiques) ;
  • un IAH dépassant les seuils définis, documenté par un examen objectif du sommeil ;
  • l'absence d'une explication alternative aux symptômes (autre trouble du sommeil, médicament, pathologie associée).

Ces trois exigences s'appliquent quel que soit le cas d'IAH décrit plus bas.

2. Les symptômes exigés : au moins trois

La prise en charge suppose, en premier lieu, que le patient présente au moins trois des six symptômes suivants :

  1. Somnolence diurne
  2. Ronflements sévères et quotidiens
  3. Sensations d'étouffement ou de suffocation pendant le sommeil
  4. Fatigue diurne
  5. Nycturie
  6. Céphalées matinales

Une condition s'y ajoute : ces signes ne doivent pas être expliqués par un autre trouble du sommeil, par des médicaments ou d'autres substances, ni par une pathologie associée. Si tel est le cas, l'accord de l'Assurance maladie n'est pas ouvert, même en présence d'un IAH élevé.

Ce point mérite attention en consultation. Un patient sous opioïdes, présentant un syndrome des jambes sans repos non traité ou souffrant d'une dépression peut avoir des symptômes qui brouillent l'évaluation. L'arrêté exige que le tableau soit attribuable à l'apnée du sommeil.

3. Les seuils d'IAH : les trois cas

Le texte distingue trois cas selon la valeur de l'IAH et les conditions associées. Ils ne sont pas équivalents : le seuil et la technique d'examen requis diffèrent.

Tableau récapitulatif des trois cas d'IAH

SituationSeuil d'IAHTechniqueCondition associée
1≥ 30 événements/heurePolygraphie ou polysomnographieAucune autre condition
215 à 30/heure de sommeilPolysomnographie uniquementSomnolence diurne sévère et/ou risque accidentel avec dommage corporel
315 à 30/heure d'enregistrement ou de sommeilPolygraphie ou polysomnographieComorbidité cardiovasculaire ou respiratoire grave associée

Dans les trois cas, au moins trois des symptômes listés plus haut sont exigés.

Situation 1 : l'IAH est supérieur ou égal à 30 événements par heure d'enregistrement en polygraphie ou par heure de sommeil en polysomnographie. L'accord de l'Assurance maladie est possible dès lors que les critères cliniques sont également remplis.

Situation 2 : l'IAH est compris entre 15 et 30 par heure de sommeil en polysomnographie. La prise en charge est alors conditionnée à la présence d'une somnolence diurne sévère et/ou d'un risque accidentel pouvant entraîner un dommage corporel direct ou indirect. Notez que la polygraphie seule ne suffit pas dans ce cas : la polysomnographie est obligatoire.

Situation 3 : l'IAH est compris entre 15 et 30 par heure d'enregistrement en polygraphie ou par heure de sommeil en polysomnographie, en présence d'une comorbidité cardiovasculaire ou respiratoire grave associée. La liste de ces comorbidités est définie par l'arrêté et fait l'objet de la section suivante.

4. Les comorbidités cardiovasculaires et respiratoires graves qui abaissent le seuil

Dans la situation 3, sept comorbidités sont explicitement retenues par l'arrêté :

  • Hypertension artérielle résistante
  • Fibrillation auriculaire récidivante
  • Insuffisance cardiaque symptomatique avec fraction d'éjection ventriculaire gauche abaissée ou conservée
  • Maladie coronaire à haut risque
  • Antécédent d'accident vasculaire cérébral
  • BPCO sévère
  • Asthme mal contrôlé

Cette liste est limitative. Une comorbidité non mentionnée dans ce texte ne permet pas, à elle seule, de justifier l'accord de l'Assurance maladie sur ce fondement.

5. Avant le traitement : examiner l'alternative de l'orthèse d'avancée mandibulaire

L'arrêté impose une étape préalable à toute prescription de traitement par PPC : le médecin prescripteur doit examiner si le patient remplit les critères d'une orthèse d'avancée mandibulaire (OAM). Si ses critères sont réunis, cette alternative doit être envisagée avant la mise en route du traitement.

Par ailleurs, la PPC ne peut pas être prise en charge si le patient a bénéficié d'une orthèse d'avancée mandibulaire remboursée dans les 12 mois précédents. Une exception existe : l'accord du service médical placé auprès des caisses d'Assurance maladie sur prescription motivée permet de déroger à cette règle.

En consultation, il est donc utile de vérifier l'historique de remboursement du patient avant de rédiger la demande d'accord préalable.

6. L'examen de diagnostic : polygraphie ou polysomnographie, réalisée par un médecin

Une polygraphie et/ou une polysomnographie est indispensable lors de la prescription initiale. Il ne s'agit pas d'une simple recommandation : c'est une condition obligatoire.

Ces examens sont des actes médicaux. L'arrêté est explicite sur ce point : ils sont réalisés uniquement par un médecin, sans participation du prestataire de santé à domicile. Le compte rendu de l'examen, avec l'IAH, doit être joint à la demande d'accord préalable transmise à l'Assurance maladie (article R. 165-23 du code de la sécurité sociale).

Le choix de l'appareil et l'indication relèvent du seul prescripteur.

7. Le choix de l'appareil : première et seconde intention

L'arrêté définit également la stratégie de choix du dispositif.

En première intention, le prescripteur choisit entre :

  • une PPC autopilotée (APAP) ;
  • une PPC à pression fixe associée à une titration.

Ces deux machines n'ont pas le même fonctionnement : la PPC autopilotée ajuste automatiquement la pression au cours de la nuit en fonction des événements respiratoires détectés, alors que la PPC à pression fixe délivre une pression unique, déterminée lors de la titration.

En seconde intention, un appareil à double niveau de pression peut être indiqué. Cette option est réservée aux situations d'échec d'un traitement bien conduit, c'est-à-dire lorsque l'IAH n'est pas corrigé ou lorsque l'observance est insuffisante du fait d'une intolérance documentée.

La prescription de seconde intention ne peut donc pas être choisie par défaut ou par anticipation d'une intolérance hypothétique.

8. Ce que doit contenir l'ordonnance de PPC

Selon l'arrêté, l'ordonnance doit préciser plusieurs éléments pour assurer un traitement adapté au patient.

Le prescripteur doit indiquer le type de prescription : prescription initiale, renouvellement ou modification des réglages. Il spécifie également le type d'appareil, qu'il s'agisse d'une PPC autopilotée, d'une PPC à pression fixe, ou d'un appareil à double niveau de pression.

Les réglages spécifiques sont documentés : pression ou intervalle de pressions, ainsi que les réglages particuliers tels que la rampe et le confort expiratoire. Le type d'interface figure aussi sur l'ordonnance : masque nasal, masque narinaire, masque bucco-nasal, masque bucco-narinaire, masque facial complet, ou masque buccal. Cependant, le choix définitif de l'interface et des accessoires peut être fait ultérieurement par le prestataire en concertation avec le prescripteur.

L'ordonnance précise les accessoires si nécessaire, notamment l'humidificateur chauffant, le circuit chauffant, la mentonnière ou le harnais. Enfin, elle spécifie les données de suivi souhaitées au-delà des données machine standard : courbes de débit, quantification des fuites non intentionnelles, enregistrement d'une nuit de SpO2.

9. Le suivi prévu : réévaluation à 4 mois, puis annuelle

La prescription initiale est valable 4 mois et est soumise à accord préalable de l'Assurance maladie. Le renouvellement vaut ensuite un an, avec une réévaluation à 4 mois, puis une fois par an, et plus fréquemment si l'état clinique le nécessite.

Les paramètres enregistrés lors du suivi

À chaque réévaluation, le prescripteur examine :

  • l'observance (nombre d'heures d'utilisation) ;
  • l'IAH résiduel ;
  • les fuites non intentionnelles ;
  • la pression au 95e ou au 90e percentile selon le modèle d'appareil ;
  • la pression médiane ou moyenne efficace.

Le rôle du prestataire dans la surveillance

Le prestataire effectue au moins trois visites à domicile dans les quatre premiers mois pour assurer la bonne mise en œuvre du traitement. Il assure l'installation de l'appareil au domicile et transmet au prescripteur les informations de suivi, dont la durée d'utilisation quotidienne. Ces visites d'accompagnement visent la bonne mise en route du traitement par pression positive continue.

En cas d'observance inférieure à 112 heures par période de 28 jours, le prestataire met en œuvre, en lien avec le prescripteur, les actions d'accompagnement nécessaires, sous réserve de l'accord du patient. Une observance de 112 heures sur 28 jours correspond en moyenne à 4 heures par nuit. Une observance entre 56 et 112 heures est tolérée ; en dessous de 56 heures, l'arrêté la considère comme médiocre et son efficacité sujette à caution.

Le patient bénéficiant d'un télésuivi accède en ligne aux données de son appareil.

Pour les modalités pratiques de renouvellement, y compris les conditions dans lesquelles le médecin traitant peut renouveler à partir de la 4e prescription, consultez l'article dédié : Renouvellement de la PPC.

10. Qui peut prescrire

L'arrêté dresse la liste des médecins habilités à initier ou à renouveler une prescription PPC :

  • le médecin titulaire d'un diplôme d'études spécialisées (DES) dont la maquette intègre une formation spécifique aux troubles respiratoires du sommeil ou la FST « Sommeil » ;
  • le pneumologue ;
  • le médecin dont le parcours de développement professionnel continu (DPC) « Sommeil » est attesté par le Conseil national professionnel (CNP) de sa spécialité ou par le Collège de la Médecine Générale (CMG), et validé par le Conseil national de l'Ordre des médecins ;
  • le médecin titulaire d'un diplôme reconnu en pathologie du sommeil au titre de l'article R. 4127-79 du code de la santé publique.

À partir de la 4e prescription, le médecin traitant peut renouveler sous conditions spécifiques, décrites dans l'article sur le renouvellement.

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Pour comparer cette option avec un DU, un DIU ou la FST Sommeil, l'article suivant détaille les différences pratiques : DU sommeil, DIU, FST ou formation en ligne : que choisir ?

Ce qu'il faut retenir

La prise en charge de la PPC repose sur une grille de lecture précise, définie par l'arrêté. Trois conditions doivent être réunies : un tableau clinique avec au moins trois symptômes caractéristiques, un IAH documenté par une polygraphie ou une polysomnographie réalisée par un médecin, et l'absence d'explication alternative. Le seuil d'IAH varie selon la présence d'une somnolence diurne sévère ou d'une comorbidité cardiovasculaire ou respiratoire grave. L'OAM doit être envisagée avant le traitement de l'apnée du sommeil lorsque ses critères sont réunis. En pratique, le suivi est structuré autour d'une réévaluation à 4 mois puis annuelle, avec des paramètres précis à surveiller. Ces critères encadrent une prise en charge continue du patient.

FAQ

Question : La PPC est-elle prise en charge sans symptômes cliniques ?
Réponse : Non. L'arrêté du 13 décembre 2017 exige la présence d'au moins trois des six symptômes définis (somnolence diurne, ronflements, sensations d'étouffement, fatigue, nycturie, céphalées matinales), non expliqués par une autre cause. Un IAH élevé seul ne suffit pas à ouvrir le droit à la prise en charge.

Question : Une polygraphie ventilatoire suffit-elle dans tous les cas ?
Réponse : Non. Pour la situation 2 (IAH entre 15 et 30 avec somnolence diurne sévère ou risque accidentel), l'arrêté requiert une polysomnographie. La polygraphie est admise pour les situations 1 et 3.

Question : Faut-il obligatoirement proposer une orthèse d'avancée mandibulaire avant le traitement par PPC ?
Réponse : L'arrêté impose d'examiner cette alternative lorsque ses critères sont réunis. La PPC ne peut pas non plus être prise en charge si une OAM a été remboursée dans les 12 mois précédents, sauf accord du service médical sur prescription motivée.

Question : Quand faut-il réévaluer le patient sous PPC ?
Réponse : La réévaluation est prévue à 4 mois après la prescription initiale, puis une fois par an. Elle porte sur l'observance, l'IAH résiduel, les fuites et les pressions enregistrées. En cas d'observance inférieure à 112 heures par période de 28 jours, le prestataire est tenu d'alerter le prescripteur.

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